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Cours de guitare flamenco – partie 1

cours de guitare flamenco

Découvrez les techniques fondamentales de la guitare flamenco telles que les arpèges, le Rasgeo et l’Abanico. Et même si vous ne souhaitez pas devenir un musicien de flamenco, ces techniques vous serviront dans d’autres styles, et vous permettront d’en créer un nouveau, qui sait ? À vos guitares !

La guitare flamenca est une des plus techniques qui existe. La variété des techniques utilisées, surtout à la main droite, tient de plusieurs facteurs ; tout d’abord, le flamenco est une tradition orale et qui dit oral dit « non spécifique » c’est-à-dire que vous trouverez plusieurs versions pour le même résultat musical. L’autre raison pour cette variété de technique est que l’Espagne est probablement le berceau de naissance de la guitare européenne ; Luth arabe d’abord puis guitare classique et enfin flamenca, cette dernière utilisant les techniques des précédentes (travail du pouce comparable au plectre du oud, techniques d’arpèges et de trémolo directement importées de la guitare classique) pour enrichir son expression.

Cette variété de techniques est souvent un peu décourageante pour celui qui veut aborder le flamenco, il y a tant d’éléments à maitriser, le son est difficile à obtenir et tout ça sans parler de la musique flamenca elle-même qui a des codes rythmiques, mélodiques et harmoniques très particuliers.

Sommaire

1. Rasgeo
2. Abanico
3. Arpèges

Personnellement j’ai toujours vu la technique comme un mal nécessaire. En bon feignant j’ai toujours cherché un moyen de faire plus avec moins de moyens. J’ai donc appris littéralement ces techniques auprès de différents maîtres et j’ai ensuite réfléchi à ce que je pouvais en faire pour les développer musicalement sans avoir besoin d’en travailler de nouvelles (ce qui est souvent très long et pénible).

Dans cette même approche, j’ai souvent rechigné à faire des exercices. J’ai donc abordé la technique frontalement, en travaillant des morceaux que j’aimais et qui comprenaient ces techniques, en me disant que « quitte à en baver, autant que ce soit sur un truc que j’adore ». J’ai pu avancer comme ça un certain temps jusqu’à ce que je réalise l’importance des fondamentaux techniques (la propreté de jeu, mais surtout l’intelligibilité) ; à partir de là, j’ai commencé à isoler les difficultés techniques dans des exercices que je pratiquais le plus religieusement possible en parallèle d’une pratique musicale plus axée plaisir.

Les exemples qui vont suivre sont tous orientés dans ce sens : inutile de les pratiquer hors contexte, essayez toujours de garder la musique dans le viseur.

Enfin, et ce conseil est probablement le plus important : écouter est un préalable indispensable ; baignez-vous dans cette musique avant de l’aborder sur la guitare, cultivez-vous et apprenez par les oreilles, ce ne sera que plus simple.

1. Rasgeo

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Concernant la main gauche, il est plus pratique de travailler en cuerdas tapadas (cordes étouffées) pour bien sentir la qualité de l’attaque (et ne pas se fâcher avec son conjoint qui en aura marre beaucoup plus vite que vous).

Il s’agit d’une suite de pichenettes, vous devez obtenir un son sec, comme un coup de médiator vers le bas avec chaque doigt. Imaginez que vos doigts (annulaire, majeur & index de la main droite) sont comme des roseaux : leur position naturelle est verticale. Par la pression dans l’intérieur de la main vous contraignez la forme naturelle, en les relâchant ils reprennent leur forme naturelle (tendue et verticale). Évidemment, là où vous aurez le plus de force c’est à la pointe de l’ongle, là où la vitesse est la plus élevée et c’est précisément à cet endroit que vous devez toucher les cordes. De cette façon vous tirez parti à 100% de l’effort physique que vous déployez (le feignant parle ici).

Dans l’exercice je vous propose de faire « bouger » le débit de la noire au sextolet de double croche, le mouvement est exactement le même, il est juste répété un nombre différent de fois pour arriver sur le premier temps de la mesure suivante. Ainsi vous accédez une grande variété de « musiques » avec la même technique.
Notez que le pouce de la main droite est en appui sur la corde de mi grave (ce qui complique l’exécution de cette technique quand on veut inclure cette corde, c’est faisable mais pas très confortable).

Notez également que le poignet reste fixe, il n’y a que les doigts qui bougent. Ce point est très important, si vous jouez avec tout ou partie du bras vous allez perdre en précision et surtout vous allez vous épuiser plus rapidement. Autre élément important, le retour de l’index (vers le haut) ramène tous les autres doigts à l’intérieur de la main pour « armer » le mouvement suivant.

Mon conseil

Ce mouvement est un des plus « basiques » du répertoire technique. Cependant c’est aussi un des plus durs physiquement : il est impossible de le jouer relax. Pour avoir le son, il faut y aller lentement, contrôler la force de chaque doigt. Travailler devant un miroir permet de s’auto corriger (et vérifier que vous êtes toujours aussi sexy, même en jouant des trucs super durs).

N’oubliez pas de respirer, arrêtez-vous quand vous avez mal, inutile de se blesser.
En ce qui me concerne, après 20 ans de pratique de cette musique, c’est toujours cette technique qui me sert de baromètre quant à ma forme physique sur la guitare. Un bon rasgeo, c’est la grosse classe : jouer celui-là bien vous attirera toujours l’admiration des connaisseurs (et des profanes).

Appuyez bien les accents (quitte à exagérer) pour ne pas vous perdre et rappelez-vous toujours que la vitesse c’est d’abord dans la tête, si vous ne comprenez pas ce que vous jouez ça ne sonnera jamais bien, sauf coup de bol.

Écoutez le titre « Maestro Sanlúcar » de Vicente Amigo ou encore « La Barossa » de Paco de Lucia (dispo sur mySongBook) pour vous faire une idée de ce que ce mouvement rend quand il est parfaitement exécuté.

2. Abanico

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L’abanico (éventail en espagnol) est probablement le mouvement le plus graphique et le plus emblématique de la guitare flamenca. C’est aussi un des plus durs à acquérir et à sécuriser.

D’abord la plus puissante : PAI

Il existe une variante assez courante qui fait Pouce (vers le haut), Majeur (vers le bas), Pouce (vers le bas). Personnellement je n’ai pas appris ni travaillé cette variante, parce qu’on me l’a montré en premier dans sa version PAI (c’est aussi bête que ça et c’est pour ça que vous ne trouverez jamais 2 guitaristes de flamenco qui sonnent exactement pareil). Franchement, je vous déconseille formellement de travailler les 2 versions ; d’abord c’est beaucoup de travail et ensuite, chacune de ces variantes a ses avantages et ses inconvénients. Il faut choisir !

L’erreur qu’on commet souvent avec ce mouvement, c’est « sous-jouer » le pouce vers le haut : les autres doigts profitent de la gravité et auront tendance à sonner plus fort et ce n’est pas ce qu’on cherche. Pour remédier à cela on forcera l’accent sur le pouce vers le haut, mais genre vraiment (le mauvais gout musical est souvent un préalable à la beauté).

Les autres doigts annulaire et index ne sont pas en pichenette (c’est trop rapide pour enclencher un tel mouvement) mais juste « tenus » à l’intérieur de la main. Là encore, on y va doucement et toujours rythmique : cette technique n’est pas un « effet » de jeu, quand vous saurez le jouer vite « l’effet » se produira en modulant la dynamique à condition d’avoir un mouvement super propre. Attention, ce mouvement n’est pas facile. En revanche quand vous le maitriserez, vous allez faire des envieux.

Mon conseil

Lent, rapide, lent : dans l’exercice que je vous propose on alterne le débit en noire avec des débits de plus en plus rapides. Je ne saurais pas l’expliquer mais ça permet de jouer mieux les débits rapides (c’est vrai pour presque tout d’ailleurs). Je dois le dire, j’ai galéré presque un an avec celui-là et j’ai passé toute ma carrière à essayer de l’améliorer.

Après tout ce temps j’arrive à une conclusion assez simple : le meilleur moyen d’avoir un super abanico c’est de le jouer tout le temps. Dans le contexte traditionnel, l’accompagnement de la danse flamenco est un vrai vecteur de progression et j’ai beaucoup accompagné. Dans mes débuts, je coinçais une chaussette dans les cordes de la guitare côté chevalet et je travaillais le mouvement devant la télé (autant dire que je ne me rappelle d’aucun film que j’ai vu entre 1998 et 2001).

On trouve cette technique dans tous les enregistrements de flamenco et donc dans toutes les partitions de flamenco de mySongBook.

Version IIA

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Même exercice, doigté de main droite différent. 

Cette technique est très utilisée pour des rythmiques plus légères, plus nuancées. Si la version PAI est le marteau burin pneumatique, la version IIA serait le petit marteau d’orfèvre, il vous permet de jouer extrêmement nuancé tout en restant mobile et peu couteux sur le plan physique.

Pouce en appui sur la corde de mi grave, l’ongle de l’index « armé » dans le pli de la dernière phalange du pouce descend entrainant les autres doigts vers le bas. En remontant il les entraine à l’intérieur de la main (et se replace dans sa position d’origine, armé dans le pli de phalange). L’annulaire « tombe » littéralement, pas besoin de le projeter, servez-vous de l’attraction terrestre. 

Comme sa version PAI, cet abanico n’est pas un effet : travaillez-le toujours dans un contexte rythmique (avec le clic c’est encore mieux, même si ça n’arrangera pas vos relations avec votre conjoint).

Mon conseil

Là encore, l’alternance lent rapide lent vous donnera de bons résultats. Franchement, c’est une de mes techniques préférées, elle permet plein de choses en terme de musicalité et s’exporte très bien dans d’autres styles de musique (je l’ai même utilisée pour des cocottes de funk et ça marche à merveille). Donc ça vaut le coup de la travailler proprement.

On trouve cette technique dans tous les enregistrements de flamenco et donc dans toutes les partitions de flamenco de mySongBook.

3. Arpèges

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Vous avez surement déjà abordé les arpèges dans plein d’autres styles, c’est un grand classique de la guitare. Rien de très nouveau pour le flamenco si ce n’est que le flamenco privilégie les arpèges contigus (pas de saut de cordes) pour augmenter la vitesse d’exécution. Une chose importante : les arpèges sont en soi des ornements, la vraie mélodie d’un arpège est presque toujours sa voix de basse, le reste est « décoratif » (ce qui ne veut pas dire moins important). Assurez-vous donc d’avoir une ligne de basse claire.

Dans cet exercice on travaille particulièrement le double arpège (aller et retour sur 3 cordes en sextolets) qui est une difficulté importante dans cette catégorie technique. Pourquoi ? Et bien parce que chaque doigt de la main droite a son propre poids et donc son propre son, l’exercice vise donc à maitriser ces poids pour obtenir une dynamique uniforme. Travaillez en vitesse lente pour vous en rendre compte.

Augmentez le métronome tous les deux jours d’un clic et quand vous atteindrez votre limite (ratage de notes, perte de tempo) repartez d’un peu plus lent et sur plusieurs jours. A moins de vouloir battre un record, attardez-vous plus sur l’intelligibilité que sur la vitesse pure.

Pour la deuxième partie (à partir de la mesure 14) les trois derniers arpèges descendent d’un groupe de 3 cordes : gardez la même position et montez légèrement le bras (1 cm vers le haut suffit) avant de redescendre pour le motif suivant. Si ça sonne mal c’est peut-être que votre doigté de main gauche est mal fait (on sous-estime beaucoup l’influence du doigté de main gauche sur la qualité du son).

Mon conseil

J’ai beaucoup travaillé celui-là. Tous les jours, 4 fois d’affilé sans s’arrêter, au métronome.
Et. C’est. Tout.

On progresse assez rapidement si on fait les choses en respirant bien.

Cet exercice vient d’une étude sur les arpèges de Villa Lobos (qui est beaucoup plus dure) et m’a permis de rendre beaucoup plus propre et détendue ma pratique des arpèges. Un vrai bénéfice dans et hors du flamenco. Il y a plein d’autres types d’arpèges dans le flamenco mais celui-là est une excellente base de travail pour tous les autres. Rien de très compliqué, la clé de la réussite est dans la pratique quotidienne et consciente (au bout d’un moment on passe en mode automatique : c’est mal. Personne n’a envie d’écouter un musicien en mode automatique, c’est peut-être impressionnant à voir mais musicalement c’est sans intérêt)

On trouve cette technique dans tous les enregistrements de flamenco et donc dans toutes les partitions de flamenco de mySongBook.

L’auteur


Interprète, compositeur et guitariste professionnel Mathias Berchadsky surnommé « El Mati » vient de sortir un second album de flamenco intitulé Manifesta.




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